dimanche 21 juin 2015

Atelier « Ombre et Lumière »



Ecole primaire Ampère à Grenoble, classes de Cécile Blanc et Séverine Pastorel (CE2)

Claire Hamelin et Guillaume Lang



Étant tous deux physiciens, nous avons choisi pour cet atelier ASTEP d’aborder le thème « Ombre et Lumière ». Ce choix a été motivé par notre expérience d’enseignants en optique à l’UJF dans le cadre de nos missions d’enseignement, l’adéquation avec le programme scientifique de CE2 qui aborde la notion d’ombre, et le fait que 2015 est l’année internationale de la lumière.

Nous sommes intervenus pendant six séances d’une heure chacune dans les deux classes, à raison de deux séances par semaine. Ces séances comprennent une séquence sur l’ombre dans le cadre du programme, une séance d’ouverture, plus courte, sur la lumière, et une séance d’évaluation des connaissances.

Les objectifs pédagogiques au terme de la séquence sur l’ombre étaient les suivants :
  •  Savoir formuler clairement des hypothèses avec un vocabulaire adapté
  • Apprendre à élaborer et mettre en œuvre un protocole expérimental pour tester les hypothèses
  • Décrire les observations de façon factuelle et les interpréter
  • Argumenter pour défendre ou invalider une théorie
Les principales connaissances à acquérir étaient :
  • Notions d’ombre propre et d’ombre portée, ainsi que leurs principales caractéristiques, objets opaques vs transparents
  • Être capable de représenter le cône d’ombre sur un schéma
  • Notions de base d’astronomie, système Soleil-Terre-Lune, alternance jour/nuit et notion d’éclipse
Dans la pratique, la séquence sur l’ombre s’est déroulée de la manière suivante (les plans de séances sont disponibles à la page précédente):

-          Séance 1 : introduction/découverte


Après nous être présentés à la classe, nous avons proposé aux élèves un petit jeu/exercice, qui avait pour consigne : « Dessinez votre ombre de façon réaliste. » 

Nous avons sélectionné cinq dessins qui présentaient de fortes différences et les avons accrochés au tableau. 


Dans une phase suivante nous avons demandé à quelques volontaires de décrire un dessin de leur choix, et de le comparer avec un autre qui présentait soit une similitude, soit une différence avec ce dernier. Consigne supplémentaire : dire si cette caractéristique paraît réaliste ou non, puis nous demandions à d’autres de donner leur opinion sur ce point. Exemple : l’ombre touche-t-elle le personnage ou non, a-t-elle des détails (yeux…) ou non, est-elle colorée…

A l’issue de cette phase, nous avons fait coller aux élèves leur dessin dans leur cahier, puis nous leur avons demandé, sur la base de ce qui avait été dit, de proposer une question à se poser pour caractériser l’ombre. Exemple : « Une ombre peut-elle avoir des détails ? »
Ils ont eu pour consigne, pour la fois suivante, d’émettre une hypothèse sur la réponse à la question, et d’élaborer un protocole expérimental pour la tester (fait avec les maîtresses en notre absence).

-          Séance 2 :

Cette séance était la première à caractère expérimental. Les élèves, réunis dans une salle dans laquelle nous avons fait régner la pénombre, étaient répartis en groupes pour réaliser leurs expériences. Nous avons mis à leur disposition du matériel : lampes de poche, Playmobils, divers petits objets, une boîte…

Pendant la phase d’expérimentation, nous sommes passés voir chaque groupe pour discuter un peu et les guider au besoin. A l’issue de la phase d’expérimentation, chaque groupe a fait une brève présentation de son expérience et de l’interprétation devant le reste de la classe, chacun avait le droit de dire s’il était convaincu ou non, et dans le cas contraire, de proposer une autre expérience pour mettre en défaut les conclusions tirées de la première.


Après quoi, nous sommes retournés en classe pour prendre des notes et conserver une trace écrite dans le cahier de sciences. C’a été l’occasion d’introduire du vocabulaire et, pour la première fois, de tracer un schéma explicatif du phénomène de l’ombre. La lumière, si elle est interceptée par un obstacle, ne peut pas éclairer la zone qu’il cache : c’est l’ombre.

-          Séance 3 :

Nouvelle séance d’expérimentation, cette fois sur le thème de l’astronomie. Avec un globe terrestre et un projecteur qui représentait le Soleil, nous avons conduit les élèves à élaborer le raisonnement suivant : l’alternance jour/nuit est due à la rotation de la Terre autour de son axe, il fait nuit lorsqu’on se trouve dans l’ombre propre de la Terre. Puis, par groupes, nous les avons laissé jouer avec une lampe de poche et deux boules en polystyrène de différentes tailles, représentant à eux trois le système Soleil-Terre-Lune. La Terre tourne autour du Soleil et la Lune tourne autour de la Terre.

 Lors de ce mouvement, il peut arriver que la lune s’intercale entre le Soleil et la Terre. L’ombre projetée de la Lune sur la Terre correspond au phénomène de l’éclipse lunaire.

 De retour en classe, nous avons dessiné des schémas et expliqué brièvement les saisons, ainsi que les notions de solstice et d’équinoxe.

-          Séance 4 :

Consacrée à des exercices, de mise en contexte du vocabulaire et de dessins d’ombres, à la fin de la séance nous avons passé un quart d’heure à répondre à des questions sur l’ombre et la lumière, et plus généralement la physique, posées par les élèves.


-          Séance 5 :

Séance d’ouverture consacrée à la lumière. Le programme était légèrement différent dans les deux classes.  Dans la partie commune, nous avons démontré le principe de la propagation de la lumière en ligne droite. Un laser et de la poussière de craie qui matérialise le faisceau ont beaucoup intéressé les élèves. Puis nous leur avons montré le phénomène de diffraction : lorsqu’un petit obstacle (ici un cheveu) est mis sur le trajet de la lumière, son ombre n’a pas la forme à laquelle on s’attendrait naïvement. Avec deux lasers différents, nous avons montré que les différentes couleurs sont affectées différemment par ce phénomène. Puis nous avons montré un réseau optique aux élèves, et expliqué le fonctionnement. Des traits très fins provoquent la diffraction et séparent la lumière blanche en lumières colorées. Exemples de dispersion de la lumière dans la vie quotidienne : l’arc en ciel, les tâches colorées dans l’huile de vidange, les CD (nous leur avons montré), les ailes de certains papillons…

Puis dans une des classes nous avons fait un petit complément d’astronomie, tandis que dans l’autre, nous avons fait une expérience : chaque élève a fabriqué un petit disque coloré, qui quand on le fait tourner rapidement sur la pointe d’un crayon (tenu avec de la pâte à fix) donne l’illusion d’être blanc en raison de la persistance rétinienne (lien avec les dessins animés).

-          Séance 6 :

Évaluation des connaissances, préparée conjointement avec les maîtresses.

-          Séance 7 (bonus) :

Invitation au spectacle d’ombres chinoises organisé par Cécile Blanc et ses élèves.

Conclusion :
Travailler avec des enfants est une réelle opportunité, pour eux d’avoir un interlocuteur différent de la maîtresse/le maître qu’ils voient toute l’année, et qui est spécialiste en sciences, ce qui apporte un plus en terme de rigueur dans la démarche scientifique. Le dialogue a été très constructif et l’occasion de se rendre compte des écarts énormes de niveau au sein de la classe (entre ceux qui ont des notions d’astronomie et ceux qui ne savaient pas ce qu’était une ombre). Il est très facile de réinvestir des expériences proposées aux élèves de licence et d’en adapter l’explication à des élèves de primaire, ce qui force à être très clair et à aller droit à l’essentiel. Le fort accent mis sur l’expérience et la formulation d’hypothèses ainsi que le débat est une façon efficace d’initier à la méthode scientifique et à la rigueur dans le raisonnement.

jeudi 10 juillet 2014

Les cycles du vivant : végétaux et animaux

Groupe scolaire Libération, classe de CP et CE1 de Mme Karyn Saridjan (Grenoble)
Frédéric Faucon, Christophe Regnault


Objectifs globaux  

  • Prise de conscience de la notion de cycle de vie des organismes vivants (alternance de phase au niveau individuel, alternance de génération au niveau populationnel)
  • Acquisition de la démarche scientifique : Hypothèses, Observations, Réflexion, Conclusion

Matériel utilisé : Graines de lentilles et de blé, œufs de moustique et de grenouilles provenant du Laboratoire d’ECologie Alpine (LECA). 

Séances 1 à 4 : Le cycle de vie des plantes

Objectifs :


  • Comprendre les phases clés du cycle de la vie végétale. Une plante nait d’une graine. Cette graine germe et le jeune plant croit si tous les besoins sont satisfaits. La plante adulte donne un fruit contenant des graines qui a leur tour pourront germer.
  • Déterminer les besoins essentiels d’une plante (en termes de température, d’humidité et d’ensoleillement)


Nous avons abordé le sujet lors de la première séance par une présentation vidéo des différentes étapes de développement des lentilles et du blé ainsi que leur culture et leur utilisation par l’Homme. Nous avons terminé la présentation en présentant différents facteurs pouvant interférer avec leur croissance tels que le froid, le chaud, la pluie, la sécheresse, la présence de terre, la lumière et l’obscurité. 

Cycle de vie de la lentille Lens culinaris.

La suite a été légèrement différente selon le niveau :


Avec les élèves de CP :


Discussion pour déterminer un dispositif expérimental permettant de définir les paramètres de croissance essentiels pour la plante (avec exemple de la lentille) entre lumière/obscurité et arrosage/pas d’arrosage. Les enfants ont alors dessiné ce qu’ils imaginaient de l’expérience, puis une discussion commune a permis de décider du meilleur dispositif expérimental qui a ainsi été mis en place par les enfants. Ils ont eu pour mission d’arroser régulièrement les plantations, et d’observer et dessiner les différentes phases de la croissance.


Avec les élèves de CE1 :


La même démarche a été utilisées avec les CE1, les différences étant l’utilisation du blé à la place de la lentille, et de rajouter la composante température dans l’expérience. 

Les enfants ont pu observer par eux même qu’une plante a besoin d’eau pour germer et grandir, que sans lumière les plants sont étiolés et jaunes et que le froid empêche la germination.


Conditions expérimentales testés par les élèves :
Lumière ou obscurité, avec ou sans arrosage, à température ambiante ou au réfrigérateur.

Séances 5 à 8 : Le cycle de vie des animaux 
(grenouille et moustique)

Objectifs :

  • Connaitre le cycle de vie des amphibiens et des insectes
  • Prendre conscience de la chronologie des cycles de vie
  • Discuter des problématiques d’actualité telle que l’arrivée du moustique tigre Aedes albopictus dans nos régions ainsi que les problèmes sanitaires associés
  • Discuter du déclin massif des populations d’amphibiens et des nouveaux enjeux environnementaux.



Avec les élèves de CP :


Nous avons fait une petite présentation vidéo du cycle de vie des grenouilles, en abordant le changement de milieu de vie durant leur cycle de vie.  Nous avons ensuite présenté aux élèves de CP des œufs de grenouille, et les avons placés dans un aquarium. Les enfants ont observé et dessiné les œufs lors de cette première séance. Ils ont ensuite réalisé des observations rapides quotidiennement, et des observations plus approfondies avec réalisation de dessins lors de l’éclosion, de l’apparition des pattes postérieures, puis des pattes antérieures et enfin lors de la résorption de la queue. Ils ont également replacé ces points du cycle sur un calendrier afin de pouvoir calculer les différents temps de développement.


 
Cycle de vie des grenouilles vertes Pelophylax kl. esculentus.


Avec les élèves de CE1 :

La première séance a commencé avec des échanges du type questions réponses, pour voir ce que les enfants connaissent globalement sur les insectes, puis plus précisément des moustiques. Nous avons construit ensemble un croquis de moustique en vérifiant que tous les points déterminant d’un insecte (tête, thorax, abdomen) étaient bien présents. Le rôle des différentes pièces anatomiques ont alors été abordé.

Ensuite, ils ont été amenés à réfléchir sur le mode de reproduction du moustique (ovipare et non vivipare), puis ils ont observé à la loupe des œufs de moustique avant de les mettre en eau pour l’éclosion. Les observations du développement ont été réalisées sur deux semaines, afin de bien reconnaitre les différents stades larvaires, le stade nymphal et le stade adulte.

Bilan personnel
 
Le principe des ateliers ASTEP permet à des enseignants du primaire d’aborder sereinement et efficacement les sciences, même si ils ne sont pas à l’aise dans ce domaine. De plus les activités pédagogiques proposées peuvent être enrichies grâce aux moyens techniques des doctorants, ce qui rend le principe d’autant plus attrayant. Ainsi, l’alliance entre les connaissances des doctorants et la pédagogie de l’enseignant permettent une activité ludique et profitable sur les thèmes de science. C’est aussi l’occasion pour des doctorants de vulgariser un sujet scientifique, et de l’adapter à un public novice mais réceptif.